24/06/2021

La restauration de l'église de San Giovannello à Marsala, une histoire de liens et de lumière

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Il est des histoires d'architecture et d'entreprises, des histoires de grands projets futuristes et de tout nouveaux matériaux ultra-technologiques qui scintillent sous les flashs des inaugurations.

Il en est d’autres, des histoires d'architecture et d'hommes, de vocations qui se transmettent de génération en génération, de lentes rénovations, de gros efforts et de petits morceaux de mémoire à recoudre.

En Sicile, la restauration d'une église datant de 1441 nous conduit inévitablement sur les traces du second cas de figure dont la saveur architecturale est rendue encore plus authentique par des valeurs familiales qui s'entrelacent dans un design parfait et délicieusement italien.

L’histoire

En 1943, les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ont touché l'église de San Giovannello, située dans une rue étroite près du centre de Marsala. Les bombes ont démoli la zone de l'abside, laissant l'église sans toit et sans la plupart des murs d'enceinte. L'intérieur de l'église est ainsi resté découvert, fruit d'une réfection baroque : deux chapelles réalisées dans l'épaisseur des murs et les corniches au-dessus des ogives typiques du baroque sicilien.

Les travaux de restauration ont commencé dans les années 1950, sous la direction de l'architecte de Marsala Domenico Nuzzo, surnommé Mimì, qui s'est concentré sur le portail de style Chiaramonte, un courant d'art gothique qui s’est développé en Sicile au cours du XIVe siècle, caractérisé par des applications en pierre avec des motifs en zigzag sur les extrados en ogive.

Mimì a utilisé une peinture rouge pour numéroter les différents blocs de pierre qui formaient l'arc. Cette numérotation servirait ensuite à repositionner dans le bon ordre les blocs de pierre enlevés.

Les travaux se sont interrompus, de nombreuses années ont passé. C’est hélas le leitmotiv de trop d'histoires italiennes, encore à présent.

En 2018, l'architecte Giovanni Nuzzo est chargé par la municipalité de Marsala d’achever le projet entamé par son père. Il effectue des analyses structurelles et de l'état de conservation, faisant appel à la collaboration de la troisième génération : son fils Domenico.

Résolus à mener à terme leur mission familiale, les deux architectes comptent reconstruire ensemble les maillons brisés du tissu urbain et donner un nouveau départ à cet espace, abandonné au gré de l’incurie et des mauvaises herbes. Ils rêvent d'affecter ce lieu à des événements socioculturels.

L'arc d’entrée

Ils repartent de l'arc d'entrée, la partie la plus caractéristique et malheureusement aussi la plus abimée : les conséquences des agents extérieurs se sont ajoutées aux dégâts des bombardements. La restauration des éléments existants n'aurait pas été suffisante, une reconstruction partielle s’avère nécessaire.

Ils décident de mettre en pratique la technique ancienne de la fonte à la cire perdue aussi fascinante que complexe, qui implique, entre autres, le moulage en plâtre de la pierre constituant le portail et la fonte du bronze statuaire qui a lieu à une température d'environ 1 200°C. Cette reconstruction permet d'intégrer la partie manquante par une intervention solide d'un point de vue structurel et aisément lisible d'un point de vue architectural.

Ancienne église de San Giovannello, Marsala, Italie. L'arc d'entrée en partie reconstruit

L'arc d'entrée en partie reconstruit

Le mur d’enceinte et la zone absidale

Selon la même philosophie visant à rendre l'intervention de reconstruction claire sans altérer le caractère historique du lieu, les architectes ont comblé par 53 plaques en cor-ten placées verticalement le vide laissé dans le mur d'enceinte effondré. L'air laissé entre les plaques permet aux passants de voir à l'intérieur, en particulier le soir, lorsque l’église est éclairée et que les plaques peuvent être lues à contre-jour.

Certaines plaques en cor-ten ont été pliées pour symboliser les souffrances de la guerre. À l'intérieur, on retrouve le même type de référence symbolique : dans la zone absidale, elle aussi reconstruite comme une coulisse de scène en cor-ten, une longue fente verticale est dramatisée par la lumière qui souligne son épaisseur interne.

Ancienne église de San Giovannello, Marsala, Italie. Plaques en cor-ten le long du périmètre

Plaques en cor-ten le long du périmètre

Ancienne église de San Giovannello, Marsala, Italie. L'élément en cor-ten qui remplace l'ancienne zone absidale

L'élément en cor-ten qui remplace l'ancienne zone absidale. Bright 1.0, 3000K, 2W, 10° Découvrez le produit

 

Lumière en plein air

Or, c'est justement la lumière qui restitue ce lieu à l'histoire de Marsala depuis fin 2020. L'éclairage est le souffle qui fait revivre cette structure, sous une nouvelle forme : en plein air.

La lumière chaude de 3000K et l'optique elliptique des profilés linéaires qui suivent le mur extérieur mettent en valeur les restes du plâtre hétérogène. En même temps, à l'intérieur, l'effet rasant des optiques étroites exalte les pilastres partiellement reconstruits, les corniches et les arcs.

Neva 1.0, 3000K, 18W, 10x40°

Neva 1.0, 3000K, 18W, 10x40° Découvrez le produit

Neva Mini 1.0, 3000K, 9W, 11°

Neva Mini 1.0, 3000K, 9W, 11° Découvrez le produit

Le choix des projecteurs montés sur des mâts en cor-ten renforce l'idée d'un nouveau look urbain de l'ancienne église de San Giovannello : un intérieur devenu extérieur, une blessure urbaine dont les architectes Nuzzo ont pris soin et sur laquelle peut être construit un nouveau projet culturel à Marsala, un projet qui transmet la mémoire historique dans cette étreinte entre la pierre et le métal du portail.

La lumière douce et large des projecteurs éclaire cet espace et le prépare à accueillir des personnes qui prendront part à de nouvelles occasions culturelles. Cette même lumière filtrant à travers les plaques en cor-ten est une invitation aux passants qui scrutent à l'intérieur.

projecteur d'extérieur, 3000K, 10W, 63°, cor-ten / Neva Mini 1.0, 3000K, 9W, 11°

projecteur d'extérieur, 3000K, 10W, 63°, cor-ten

Les architectes Giovanni et Domenico Nuzzo

Sur l'arc, on peut encore voir les chiffres rouges sur les blocs de pierre. Giovanni et Domenico ont décidé de les laisser, comme témoignage des travaux entamés par Mimì.

Ancienne église de San Giovannello, Marsala, Italie. Détail de l'arc d'entrée

Détail de l'arc d'entrée

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